Sittelle kabyle

Sitta ledanti - Algerian Nuthatch

Sittelle kabyle
Systématique
  • Ordre
    :

    Passériformes

  • Famille
    :

    Sittidés

  • Genre
    :

    Sitta

  • Espèce
    :

    ledanti

Descripteur

Vielliard, 1976

Biométrie
  • Taille
    : 13 cm
  • Envergure
    : -
  • Poids
    : -
Distribution

Distribution

Description identification

Sittelle kabyle

La Sittelle kabyle se reconnaît immédiatement comme sittelle à son allure et à son plumage qui évoquent la Sittelle torchepot. Et comme c'est la seule sittelle présente dans les forêts qu'elle occupe dans le nord-est algérien, il n'y a pas de problème d'identification.
Elle est plus petite que la torchepot, mais un peu plus grande que la Sittelle corse à laquelle elle ressemble beaucoup. Les deux espèces forment avec la Sittelle de Krüper (à laquelle la kabyle est génétiquement étroitement apparentée), ce qu'on a appellé un temps le groupe des sittelles mésogéennes, réparties autour de la mer Méditerrannée.
Les parties supérieures sont d'un gris bleuté à l'instar de la majorité des membres de la famille. Suivant la lumière ambiante, mais aussi l'âge et le sexe, c'est le gris qui domine ou au contraire le bleu. Les rémiges et les rectrices sont brun noirâtre. Les premières sont liserées de gris-bleu tandis que les secondes, à l'exception des centrales nuancées de gris bleuté, possèdent une marque blanche subterminale qui va en s'élargissant de l'intérieur vers l'extérieur. Ce caractère n'est perceptible que sur un oiseau en vol, donc très difficile à voir dans les conditions du terrain. Les parties inférieures sont crème roussâtre avec là encore des variations pour les mêmes raisons. Elles peuvent occasionnellement paraître très rousses. La teinte s'atténue en devenant crème aux deux extrémités, à la gorge et aux sous-caudales, ces dernières étant uniformes. Le bec est assez court et a un aspect retroussé dû à un angle goniaque marqué, le culmen restant droit. Il est bicolore, noirâtre à base gris bleuté.
Il existe un dimorphisme sexuel, mais peu prononcé. Le mâle a le plumage plus coloré et plus contrasté. On le reconnaît avant tout à l'avant de la calotte très noir jusqu'au niveau des yeux, nettement délimité du bleu qui suit. Un bandeau noir court le long de la tête du bec jusqu'au-dessus de l'oreille, incluant l'œil sombre. Moins long que chez la torchepot, il est très net en avant de l'œil, moins en arrière. Ce bandeau est surligné par un net sourcil blanc et contraste avec les joues pâles. Chez la femelle, le noir de la calotte est moins pur, nettement moins étendu et moins bien délimité, et le trait oculaire moins appuyé. Le sourcil est plus crème. Précisons que ces caractéristiques de plumage ne deviennent évidentes qu'à l'usure. Le juvénile ressemble à la femelle, avec des caractères encore moins tranchés, bandeau et sourcil peu nets, calotte concolore au manteau, lui-même plus pâle et moins bleu. Le dimorphisme sexuel semble déjà exister chez les jeunes, du même ordre que chez l'adulte, à savoir une calotte assombrie jusqu'à l'œil chez le jeune mâle, une calotte de la couleur du manteau chez la jeune femelle avec simplement un point sombre sur le front.

Indications subspécifiques espèce monotypique

Noms étrangers

  • Algerian Nuthatch,
  • Trepador de Kabilia,
  • Trepadeira-azul da Argélia,
  • Kabylenkleiber,
  • atlasz-csuszka,
  • Algerijnse Boomklever,
  • Picchio muratore algerino,
  • Kabylnötväcka,
  • Kabylspettmeis,
  • brhlík dubový,
  • brhlík kabylský,
  • Kabylerspætmejse,
  • algeriannakkeli,
  • pica-soques d'Algèria,
  • Barrigða,
  • kowalik algierski,
  • Alžīrijas dzilnītis,
  • alžirski brglez,
  • Алжирский поползень,
  • キャビリーゴジュウカラ,
  • 阿尔及利亚,
  • 安哥拉鳾,

Voix chant et cris

Les vocalisations de la Sittelle kabyle sont typiques d'un Sittidé. Ce sont elles qui permettent de repérer l'oiseau en premier lieu dans son habitat forestier. On peut distinguer deux cris différents. Tout d'abord, le cri du mâle territorial qui consiste en la répétition d'une note rêche assez intraduisible, "cheee cheee cheee,.." , qui n'est pas sans faire penser à un des cris du Geai des chênes et est assez proche du cri équivalent de la Sittelle de Krüper, en plus dur. C'est aussi un cri d'alarme. Le second type de cri est plus typiquement Sittidé. C'est une succession de notes musicales de tonalité élevée pouvant se traduire ainsi, "tui tui tui tui...", ou des variantes sur le même tempo. C'est un cri de contact entre individus. Le chant est une suite rapide de notes bisyllabiques, nasales ou flutées, par exemple "vidi vidi vidi vidi..."

Habitat

Sittelle kabyle
♂ adulte

Deux habitats forestiers sont connus pour héberger cette sittelle. L'habitat originel, ou tout au moins l'habitat dans lequel l'espèce a été découverte en 1975 en Petite Kabylie sur le Djebel Babor est une forêt mixte d'altitude. L'espèce s'y trouve de 1 450 m au sommet, à plus de 2 000 m. Le climat y est froid et humide, avec une pluviométrie atteignant 2 500 mm. Les essences dominantes sont au nombre de trois ; ce sont, dans un ordre d'altitude croissante, la variante tlemcenensis du Chêne faginé Quercus faginea, le Sapin de Numidie Abies numidica et le Cèdre de l'Atlas Cedrus atlantica. La sittelle trouve son optimum écologique dans les peuplements mixtes intermédiaires, autour de 1 900 m d'altitude.
Le second habitat occupé, découvert ultérieurement, est la chênaie montagnarde qui couvre le versant nord des reliefs secondaires de Petite Kabylie. La sittelle s'y trouve généralement au-dessus de 900 m, parfois en-dessous, par exemple à partir de 350 m en forêt de Guerrouche, mais cela demande confirmation, et elle monte jusque sur les sommets, le plus élevé approchant 1 600 m. Le climat y est plus doux et les massifs moins arrosés (1 000 à 1 500 mm de pluies). Les peuplements sont constitués par les Chênes liège Quercus suber, zéen Q. canariensis et afarès Q. afares, ces derniers à une altitude supérieure au premier et le plus souvent en mélange. Là encore, la sittelle trouve son optimum en chênaie mixte.

Comportement traits de caractère

La découverte de l'espèce est récente (1975). Les forêts qu'elle occupe sont peu ou pas accessibles aux ornithologues du fait de la situation politique et militaire du pays. Par exemple, on ne peut pas se rendre actuellement en Algérie avec jumelles et longue-vue, classées matériel "sensible". Et le matériel disponible sur place n'est pas performant. Les recherches ornithologiques de terrain sont donc limitées. Tout ceci fait que la biologie et l'écologie de la Sittelle kabyle ne sont pas encore bien connues. Quelques suivis de nidifications ont été réalisés, qui ont permis de préciser certains paramètres de la reproduction, mais l'alimentation reste à étudier finement.
La Sittelle kabyle est une espèce sédentaire. La sédentarité est permise par le passage d'un régime essentiellement insectivore à la belle saison à un régime surtout granivore en hiver. L'espèce est monogame. Les couples territoriaux se partagent l'espace forestier en saison de reproduction. À la mauvaise saison, les oiseaux peuvent se joindre à des groupes plurispécifiques mobiles, formés surtout de mésanges, qu'on appelle des rondes, qui exploitent les ressources de façon rationnelle. On ignore si l'espèce constitue des réserves pour l'hiver.
Lors d'une séance d'observation récente un 9 mai, il nous a été donné d'observer un mâle venant régulièrement au trou de la cavité dans laquelle se trouvait la femelle et laissant tomber à l'intérieur ce qu'il tenait au bec. À cette date, il est probable qu'il s'agisse de proies destinées à la femelle en incubation.
Le vol : Le vol est celui de tous les Sittidés. Les ailes courtes et larges procurent à l'oiseau un vol rapide et direct lorsqu'il passe par exemple d'un arbre à l'autre. Il n'est pas taillé pour des vols de longue distance.

Alimentation mode et régime

La Sittelle kabyle se nourrit à la façon des autres sittelles ou même des mésanges, recherchant sa nourriture de façon acrobatique, par exemple la tête en bas sous les branches, aidée en cela par des pattes robustes. Contrairement à sa cousine torchepot qui le fait très souvent, il semble qu'elle descende peu au sol. Elle préfère explorer les crevasses de l'écorce des arbres, les branches couvertes de mousses et de lichens, les feuillages à la belle saison, les cônes des conifères, etc.
Le régime est majoritairement insectivore au printemps et en été. Elle recherche les insectes et leurs larves, les arachnides et autres petits invertébrés. Elle en nourrit ses jeunes ainsi que de jeunes graines tendres. À la mauvaise saison, le régime devient nettement granivore mais comporte toujours une part animale constituée par exemple par les formes de résistance des insectes qu'elle sait débusquer sur les troncs et les branches. Une analyse fine du régime reste à faire.

Reproduction nidification

C'est l'aspect le mieux connu de la biologie de l'espèce. La nidification a lieu d'avril à juillet et est d'autant plus tardive que l'altitude est élevée. Elle est bien sûr cavernicole. Le nid se situe d'habitude dans une branche ou un tronc mort, de feuillu comme de résineux, entre 3 et 15 mètres de hauteur, en moyenne 8 à 10. Dans le Djebel Babor, c'est souvent un cèdre mort qui accueille le nid tandis que dans les autres sites à plus basse altitude, ce sont surtout des chênes, zéen ou afarès, qui jouent ce rôle. Au Babor, la cavité est souvent creusée par la sittelle elle-même, la femelle étant plus assidue à ce travail que le mâle. Ailleurs, c'est plutôt une ancienne loge de Pic épeiche "numidus" qui est adoptée. Comme la taille du trou d'envol est modérée, la sittelle ne le maçonne généralement pas, même si elle a la capacité de le faire. En revanche, lorsque son choix se porte sur une cavité naturelle, il lui arrive d'en maçonner l'entrée avec de la boue et du bois mort. Un nid extrait de sa cavité après la reproduction a révélé sa composition, une structure faite de copeaux de bois, d'éléments végétaux, de feuilles de graminées, de mousses et même de quelques fibres synthétiques, enfin une coupe garnie surtout de plumes variées, mais aussi de poils, dont des soies de sanglier.
Les grandes lignes de la biologie de reproduction sont connues grâce à plusieurs suivis récents de nids en forêt de Guerrouche dans le Parc National de Taza. Les pontes ont été déposées entre un 24 mars et un 30 avril. Une ponte complète compte 5 ou 6 œufs blancs marqués de taches rougeâtres à violacées. L'essentiel de l'incubation revient à la femelle qui les couve 14 ou 15 (17) jours. En revanche, le mâle est plus actif que la femelle pour le nourrissage des jeunes au nid, surtout en fin d'élevage. Le séjour au nid a été estimé à 3 semaines environ. L'émancipation interviendrait ensuite très rapidement, en moins d'une semaine.
Le succès à l'éclosion est élevé (92,5 %). Le nombre moyen de poussins à l'envol est de 4,6 jeunes par couple reproducteur. Les pertes sont dues essentiellement à la prédation du Pic épeiche.

Distribution

La Sittelle kabyle est endémique de quelques forêts du nord-est de l'Algérie, dans la wilaya de Jijel, où elle n'a été découverte fortuitement qu'en 1975 par un forestier ornithologue belge, Jean-Paul Ledant. Jacques Vieilliard, qui a décrit le type, lui a en reconnaissance donné son nom spécifique de "ledanti". La découverte a eu lieu dans la forêt sommitale du Djebel Babor où on a cru pendant plus de 10 ans qu'elle était confinée. Des recherches dès la fin des années 1980 ont montré qu'elle était heureusement plus répandue que ce qu'on imaginait initialement. C'est ainsi qu'elle a été découverte dans trois autres massifs forestiers de composition différente et à des altitudes inférieures (voir plus haut), les forêts de Tamentout, Guerrouche et Djimla. C'est dans ce dernier massif que j'ai eu la chance de l'observer le 9 mai 2018.

Menaces - protection

Statut de conservation IUCN
Eteint
Menacé
Préoccupation
mineure
Éteint
à l'état sauvage
Quasi
menacé
Non
évalué
EX EW CR EN VU NT LC NE

La Sittelle kabyle est une espèce menacée. Déjà du simple fait de son aire de répartition restreinte (15 000 ha cumulés au maximum dont une partie non favorable) et morcelée en 4 massifs distants. Mais la menace vient surtout de l'évolution défavorable des habitats forestiers. Bien sûr, les changements climatiques ne pourront pas ne pas avoir d'influence, mais c'est surtout la pression humaine au sens large qui est la plus grande menace. L'état algérien ne semble pas vraiment conscient des enjeux de protection de cette espèce endémique, ou a d'autres priorités. Pendant les "années noires", cette région était connue pour héberger des foyers de rébellion et la présence militaire y est, encore actuellement, très prégnante. C'est le cas dans la forêt de Guerrouche où l'armée, malgré le fait que cette forêt fasse partie d'un parc national, a créé une route en plein massif, creusé une tranchée pour l'approvisionnement en eau du camp situé au sommet et dégagé la vue en déboisant, sans aucun respect pour le milieu forestier et en faisant fi de la réglementation et des recommandations des protecteurs. Par ailleurs, les massifs occupés par la sittelle sont sous pression du fait d'un surpâturage par les animaux domestiques qui empêche toute régénération forestière naturelle. Il y a également les coupes illégales de bois qui ouvrent le milieu, pessimisent la biomasse, particulièrement la nécromasse, rendant la forêt moins favorable aux sittelles. Enfin, comme si cela ne suffisait pas, il y a actuellement un projet visant à faire de la forêt de Bouafroune à Djimla, le plus petit des 4 massifs occupés, une forêt récréative, et ceci sous la houlette des services forestiers qui ne mesurent visiblement pas tous les enjeux. Et pourtant, il suffirait de peu de chose pour faire de la Sittelle kabyle un emblème national de protection de la nature et donner des signes de bonne volonté à destination des instances internationales. Mais le pays n'en est pas encore là, il vit dans une bulle qui risque de faire du bruit quand elle éclatera. Il faudrait pouvoir aider les associations de protection algériennes à protéger leur patrimoine. Mais cela ne peut qu'être mal vu des autorités.
Les études récentes font état de densités de population de sittelles inférieures à ce qui avait été obtenu antérieurement. Par exemple pour la forêt de Guerrouche, une densité comprise entre 1 et 2 couples aux 10 ha a été notée en 2016-17, contre 2 à 3,25 couples/10 ha au début des années 90. Il serait intéressant de savoir ce qu'il en est de la densité actuelle dans le Babor où elle avait été estimée (surestimée ?) à 4c/10 ha il y a une 30e d'années. Le maintien de l'espèce dans ses bastions est donc loin d'être assuré.

Références utilisées

Autres références utiles

QRcode Sittelle kabyleFiche créée le 27/05/2018 par Jean François © 1996-2018 Oiseaux.net